Le Saint-Denisien

Les Fleurs du Mal

Par Jean Charron · Solidarité-Haïti en Estrie

, 7 décembre 2024

C’est Baudelaire qui a écrit le recueil de poèmes qui porte ce nom. J’utilise ce titre pour faire voir que les fleurs peuvent s’ouvrir sur ce qui semble être un terrain hostile à toute vie. Les Autochtones d’Amérique auraient toutes les raisons du monde de nous en vouloir et pourtant leurs artistes, comme Elisapie, nous appelle à la fraternité. On est loin du « Œil pour œil, dent pour dent » qui alimente tant de conflits.

Le peuple haïtien a pour fondement historique des siècles d’esclavage. Depuis sa victoire contre ce fléau en 1804, les grandes puissances ont bafoué les aspirations haïtiennes. Lors de mes nombreux séjours parmi eux, je côtoie pourtant des gens positifs et souriants. Au quotidien, ils sont confrontés à d’innombrables défis, mais ils demeurent résolument optimistes.

Personnellement, mon épouse et moi avons perdu un fils de 17 ans aux mains d’un multirécidiviste de l’alcool au volant. Le père biologique de notre fils était haïtien et me voilà en Haïti, avec comme partenaire, un jeune homme né en 1974, comme notre fils décédé. J’ai voulu honorer sa mémoire en m’investissant en Haïti et je vous ai rencontrés, vous, les centaines de sympathisants à cette cause.

Il y a du mal, de la douleur dans la vie de chaque être humain. C’est à nous de la fleurir. Pour Solidarité-Haïti en Estrie il s’agit tout simplement d’être avec la paysannerie haïtienne. Nous nous efforçons d’être à l’écoute de leurs besoins et de soutenir leurs projets en nous assurant de ne pas faire à leur place, de n’être que des démarreurs pour enrichir leur société à partir de leur travail.

Les médias ont pour habitude de nous montrer le mal, surtout à Port-au-Prince. Pendant ce temps, sur le Plateau central d’Haïti, nos très nombreux projets forment un magnifique bouquet de fleurs. Du terreau que sont le mal et la douleur peut donc émerger le bien et la beauté.