Alors que les lumières des fêtes s’allument une à une, notre ambassadeur culturel se questionne sur le sens à donner au sapin de Noël et à ses parures scintillantes.
Il existe mille et une théories sur les origines du sapin de Noël. Ma préférée est celle voulant que vers la fin du Moyen-Âge, dans les forêts de l’actuelle Allemagne, un bûcheron parti travailler loin de chez lui ait été, une nuit, émerveillé par les reflets de la Lune dansant dans les glaçons qui s’étaient formés aux branches d’un conifère. Voulant partager sa joie avec sa femme, il aurait coupé un petit sapin et, de retour à la maison, en aurait fixé la base avant d’y accrocher des bougies et des rubans destinés à recréer la magie rencontrée dans les bois.
Quelle que soit la version retenue, le sapin de Noël est toujours une source de lumière, de chaleur et d’émerveillement venant briser la noirceur d’une saison où les heures d’ensoleillement se réduisent à une peau de chagrin. Mais il y a forcément plus que ça dans la tradition. Aujourd’hui, pour la plupart d’entre nous du moins, l’éclairage et la chaleur ne sont plus des enjeux, et les sources d’émerveillement sont aussi nombreuses que les pixels des écrans qui tapissent notre quotidien.
Pourquoi faire encore un sapin de Noël, ornement pour le moins low-fi ? Pourquoi y suspendre des boules et des guirlandes ? Sans doute beaucoup moins pour les quelques éclats supplémentaires à nos intérieurs déjà très endimanchés que pour la promesse qui les accompagne, celle de retrouvailles et de bons moments avec celles et ceux qui nous sont chers. Tout comme notre bûcheron, qui au fond voulait quoi ? Partager l’éblouissement vécu au cœur de la forêt, ne pas le vivre seul. Faire de ce tout premier sapin une occasion de réjouissances.
Au moment de faire scintiller nos salons et nos galeries, rappelons-nous que toutes ces ampoules, plus encore qu’une stratégie pour repousser les nuits froides de décembre, sont une invitation à éclairer la nuit humaine, celle de la solitude, celle de l’isolement. Rassemblons-nous autour de ces feux éphémères sans laisser personne derrière, et, pour quelques heures au moins, souvenons-nous que ce qui donne un sens à nos vies contemporaines est très exactement ce qui en donnait un au Moyen-Âge : prendre le temps d’être ensemble.
Image : Viggo Johansen. Joyeux Noël (1891)