Le Saint-Denisien

Faites c’que j’dis, faites pas c’que j’fais

Par André Cousineau · Citoyen de Saint-Denis-de-Brompton

, 29 octobre 2025

Depuis deux ans, la municipalité de Saint-Denis s’est donnée comme mission de mettre au pas tous les riverains des lacs faisant partie de celle-ci, à savoir le grand lac Brompton, le petit lac Brompton, le lac Desmarais, le lac Montjoie et même le tout petit lac Caron. Cette mission vise à appliquer à la lettre les directives du Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les Changements Climatiques, de la Faune et des Parcs, mieux connue sous le « simple » acronyme MELCCFP… qui propose entre autres des recommandations concernant les bandes riveraines des cours d’eau. Par contre, plutôt que d’implanter lui-même ses recommandations, le MELCCFP a pelleté la mise en application de ces recommandations dans la cour des municipalités. Plusieurs villes et villages ont mis la pédale douce mais Saint-Denis-de-Brompton s’est investi complètement dans cette mission. On a créé un département de l’environnement, rédigé un volumineux règlement et engagé du personnel pour surveiller et inspecter les vilains riverains qui ne pensent qu’à détruire leur propre environnement. Il est de notoriété publique que les riverains de nos lacs n’aiment pas leurs propriétés et cherchent désespérément à tout saccager.

Donc, depuis deux ans, les inspectrices visitent toutes les propriétés riveraines, formulent des commentaires, avisent les citoyens des déficiences et accrocs à leur règlement et émettent un rapport à chacun, mentionnant qu’éventuellement, si les gens ne s’y conforment pas, il y aura des amendes à la clé…

Ici, on ne parle pas de terrasses immenses de brasseries directement sur le lac, de stationnement immense directement dans la bande riveraine pour les remorques de bateau, ou de grandes plages complètement dénudées de camping. Non, bizarrement, ces cas sont exclus du règlement et bénéficient d’un droit inaliénable de polluer. On parle plutôt de saccage de la bande riveraine par les propriétaires en y aménageant un sentier pour se rendre à l’eau, installer deux chaises adirondac sur la rive pour regarder le coucher du soleil ou encore pire, de laisser sur la rive un canot ou un kayac pendant la belle saison.

Parallèlement, la municipalité entreprend des travaux majeurs de déboisement et d’excavation à partir de la rue du Mont-Girard jusqu’à la rive du lac Montjoie pour améliorer le drainage du fossé bordant la voie publique. À l’origine, fin des années 60, pour drainer les fossés bordant la rue, on avait installé à quelques endroits une canalisation de béton qui partait du fossé et descendait jusqu’au lac; en conséquence, le fossé municipal était bien drainé et tous les détritus, sable, boue, sels de déglaçage et alluvions se retrouvaient dans le lac. Heureusement, avec le temps, la nature a repris ses droits : les tuyaux de béton se sont remplis puis bouchés et la végétation a couvert le tout, retenu et filtré les excédents du fossé de façon naturelle sans se rendre au lac.

Donc, pour « corriger » la situation, on a coupé une petite forêt de feuillus et conifères de 10 à 15 mètres de haut, creusé un fossé et bassin de rétention de la rue jusqu’au lac, avec de la machinerie pesant plusieurs dizaines de tonnes. On a empierré et planté une série de conifères d’un mètre de haut, gorgés d’engrais de la pépinière. À l’inverse, si vous creusez pour une entrée d’eau au lac pour votre maison, il vous faut une excavatrice miniature et les derniers mètres au lac doivent être creusés à la main…

Le résultat de l’aménagement par la municipalité est bien fait et élégant, mais plus adapté à un club de golf ou une résidence cossue de Boucherville que pour une bande riveraine d’un lac qu’on veut protéger. Conclusion :

Faites c’que j’dis, faites pas c’que j’fais.

 

 

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